Un nouveau Tintin en arpitan

Dans «L’afére Pecârd», Tintin et les autres héros évoluent pour une moitié de l’album en Arpitanie. Les traducteurs ont tenté, autant que faire se peut, de faire coïncider le plus de monde avec la région concernée. Bien qu’il soit reconnu que Moulinsart se situe dans le Brabant, nous avons fait parler le petit monde du château en patois lyonnais-forézien, mais Tintin, le héros mythique, parle savoyard, car la Savoie est une des régions arpitanes où les parlers sont le plus vivants et il fallait bien quelqu’un pour la représenter. En Suisse romande, en particulier dans le canton de Vaud (Nyon, Rolle), les parlers sont assez différents et de Lyon et de la Savoie du Sud, seule Genève se rapproche fortement de ceux de la Savoie du Nord toute proche. L’automobiliste italien qui renverse Haddock page 36 n’est plus de Milan, mais d’Aoste. Enfin les Syldaves et les Bordures parlent un arpitan plus standardisé, où les formes les plus belles et les plus courantes sont mises en valeur.

Car l’arpitan est une langue qui connaît une grande quantité de variétés, surtout phonétiques, mais pas seulement. Aussi, il lui fallait une orthographe supra-dialectale, englobante, comme il en existe pour les autres langue régionales (breton, basque, occitan) ou nationales. La nôtre s’appelle Orthographe de référence B (ORB), elle est comme les autres langues romanes d’inspiration étymologique, morphologique et dérivative. Mais nous allons aussi vous donner quelques formes locales en Graphie de Conflans, qui est purement phonétique. Il faut savoir qu’en arpitan, on trouve fréquemment les fricatives interdentales comme en anglais thing (noté en Conflans sh) et this (noté zh).

Ainsi le verbe “changer”, orthographié en ORB changiér, se prononce chanji à Lyon et dans le Forez, shanzhi, stanzdyé ou tsandzé dans la Savoie, tsandzi ou tsandjé en Suisse romande, tsandzé à Aoste. De la même manière, pour dire “nous chantons”, on dit je chanton à Lyon, on tsante en Haute-Savoie, no tsantin en Savoie, en Suisse romande et à Aoste.

Les consonnes finales ne se prononcent généralement pas, sauf en liaison : los homos (louz omo) les hommes, l’accent tonique se porte sur la dernière syllabe, mais sur l’avant-dernière si celle-ci se termine par -a, -o, -e, -os, -es et quelquefois -ont (chantont ils chantent). Les groupes cll-, gll-, fll- indiquent une prononciation fréquente kly, gly, fly.

Traduit en arpitan (orthographe de référence) sous la direction de Dominique Stich, avec la collaboration de:

• Nicole Margot et Pierre Guex, pour l’arpitan vaudois, • Eric Verney et Alain Favre, pour l’arpitan savoyard, • Floran Corradin, pour l’arpitan valdôtain, • Claude Longre, Antoine Françon, pour l’arpitan lyonnais-forézien • Alban Lavy, pour le suivi éditorial

Le professeur Tournesol devient Pecârd, rendant ainsi hommage à celui qui inspira Hergé: le savant vaudois Auguste Piccard.

Copyright Hergé-Moulinsart-Casterman 2007
Copyright Hergé-Moulinsart-Casterman 2007

Les aventures de Tintin: L’afére Pecârd
Hergé
Casterman – Mars 2007
ISBN : 978-2203009318

Reportage de Nyon Région TV

France 3

Acheter l’album (Amazon.fr)

 

Revue de presse (sélection):

Pour les éditions en arpitan bressan, gruérien et dauphinois, voir sur tintin.arpitania.eu

Festival Tintin de Lausanne, 2007. Avec le linguiste Dominique Stich, Nicole Margot, l'auteur Bernard Cosandai dit Cosey, le biographe d'Hergé Philippe Goddin et le directeur artistique du Centre belge de la BD Charles Dierick.
Festival Tintin de Lausanne, 2007. Avec le linguiste Dominique Stich, Nicole Margot, l’auteur Bernard Cosandai dit Cosey, le biographe d’Hergé Philippe Goddin et le directeur artistique du Centre belge de la BD Charles Dierick.
affaire_arpitane_tintin_le_courrier_geneve_patois_savoyard_suisse_switzerland
Le Courrier, Genève, 2012

 

La Montagne
La Montagne

Articles liés